Plongeons dans le monde de la traduction, l’exemple d’un auteur autrichien inconnu

Cette semaine je vous parle d’un de mes écrits, ça n’arrivera pas souvent donc j’en profite. UnknownJe vais vous présenter dans les prochaines lignes mon mémoire de M1 pour lequel je me suis intéressé à la traduction lors de la période de l’entre-deux guerres (ou de la « pause dans la guerre » comme l’a proposé, entre autres, Georges Soutou) en prenant l’exemple d’Andreas Latzko. Son nom ne vous dit rien ? C’est normal, c’est un auteur autrichien inconnu aujourd’hui mais qui a eu son heure de gloire dans les années 1920.

Mais commençons par le commencement : comment ai-je eu l’idée d’un tel sujet ? Eh bien, pour être honnête, c’est tout à fait par hasard que l’idée d’allier traduction, littérature et civilisation m’est venue. Je cherchais sur Internet « quelque chose » en lien avec la traduction et j’ai donc simplement tapé « traducteur allemand ». Le premier lien proposé était celui d’Alzir Hella. En lisant sa fiche Wikipédia, j’ai appris que c’était un traducteur engagé, humaniste et surtout LE traducteur officiel de Stefan Zweig, grand auteur autrichien du XXème siècle. A noter aussi, que c’est lui qui a traduit Im Westen nichts neues d’Erich Maria Remarche (À l’Ouest rien de nouveau).

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Alzir Hella

Le parcours de cet homme m’a titillé et j’ai fait d’autres recherches. Ainsi, en parcourant la liste de ces traductions je suis arrivé à La Marche Royale écrite par Andreas Latzko et c’est la seule œuvre de la liste qui ne disposait pas du titre original. Challenge de taille, donc, que j’ai voulu relever !

La première difficulté a été de trouver des informations sur l’auteur et le traducteur. Entreprise ardue mais qui a porté ses fruits. Je ne détaillerai pas les nombreux livres étudiés mais j’ai obtenu suffisamment d’information : Latzko était un grand pacifiste, disposant d’une aura certaine dans les années vingt, qui a cependant disparu de la circulation pour trois raisons : né à Budapest mais écrivant en allemand, il n’était pas considéré dans la partie hongroise de l’empire Austro-Hongrois, pas plus qu’en Allemagne puisqu’ « Autrichien ». Le lectorat était alors bien limité. Deuxièmement, sa première œuvre Hommes en guerre, recueil de nouvelles s’attaquant à la Première Guerre mondiale à travers une critique acerbe et virulente lui attira les foudres du gouvernement austro-hongrois, ce qui le poussa à l’exil. Enfin, les Nazis placèrent la totalité de ses publications dans la liste interdite et brûla la plupart des exemplaires disponibles. Toutefois, j’ai pu me procurer une des rares versions françaises encore existantes. Mais aucune version en langue allemande n’a été sauvée, seul un recueil des œuvres de l’auteur a été publié en 1993.

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À partir de ces informations, mon travail s’est d’abord fait démonstration du caractère hautement pacifiste de la nouvelle Marcia Reale. Dans un second temps j’ai travaillé à mettre en évidence le côté arbitraire de la traduction française, fortement orientée vers le pacifisme. La première étape fut relativement facile : l’histoire n’a rien d’extraordinaire. Un ancien soldat italien, blessé lors de la Grande Guerre, veut retourner en Autriche, là où il était prisonnier, rencontre un Autrichien, lui aussi ancien soldat et blessé. Les deux vont s’entendre à merveille à Gênes, jusqu’au jour de la fête nationale italienne qui ravivera des tensions nationalistes enfouies.L’histoire se finissant sur un coup de couteau mortel porté par l’Italien. DSCN2511Si l’histoire en elle-même n’est pas particulièrement intéressante, c’est l’allégorie proposée par l’auteur qui a attiré mon attention. Les deux protagonistes ne sont pas juste deux hommes choisis au hasard, ils représentent leur pays et leur histoire respective. En écrivant cette nouvelle, Latzko proposait une critique de la guerre en montrant l’absurdité des combats, des gouvernements et de la violence.

La traduction est allée dans le même sens mais en poussant cette critique à son paroxysme. Les descriptions positives sont enjolivées et les négatives encore plus négatives ; ainsi, lorsque l’on passe de la joie d’un repas partagé entre amis au malheur de la guerre, la différence de niveau est nettement plus marquée. Les décalages sont plus violents alors que le style est plus fluide (la version française est bien plus facile et agréable à lire). Il y a indéniablement une volonté des traducteurs de faire de cette œuvre un argument pacifiste.

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Néanmoins, on devrait se poser la question du registre de cette traduction. Alors qu’elle n’est pas une exacte copie de l’original peut-on toujours la considérer traduction ou interprétation ? C’est évidemment difficile de répondre formellement à cette problématique. Mais j’ai pris le parti de la voir comme traduction puisque qu’elle va dans le même sens que l’auteur, les traducteurs sont donc fidèles à l’auteur, même s’ils négligent le lecteur. Ce qui ne suit pas le principe de loyauté formulé par Christiane Nord.

Si vous pouvez lire en allemand mon mémoire est disponible en version papier à la BU de Besançon (UFR SLHS) sous le titre Die Übersetzung als Träger des deutsch-französischen Pazifismus am Beispiel Marcia Reale Andreas Latzkos et sinon sur Academia. Pour les autres, la présentation en français de la soutenance est également téléchargeable sur ma page Academia.

J’espère avoir réussi à vous faire comprendre ce que peut être la recherche universitaire et à vous donner envie de la soutenir car elle fait avancer la connaissance du monde et de l’Homme. Mon mémoire, même s’il n’est que minuscule et n’aura que peu de raisonnance est un apport supplémentaire pour la compréhension de la Première Guerre mondiale et de ses participants. L’idée est bien sur de tout faire pour éviter qu’un tel désastre se produise à nouveau.

À la semaine prochaine pour un nouvel article à ne pas louper sur un événement qui aura lieu lundi : pour en savoir plus, on se retrouve sur Instagram ou Twitter !!

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